Death of a Ladies' Man

Death Of A Ladies' Man











Léonard Cohen a la réputation d’un « homme à femmes », mais s’en défend ou, tout au moins, considère que son prétendu pouvoir de séduction est très surfait, et que les femmes elles-mêmes ont mis un terme à cette légende… Dans cette chanson, il s’emploie lui aussi à détruire le mythe, décrivant, précisément, la démythification systématique du séducteur dont tous les faux-semblants, le snobisme, les hypocrisies et les pédanteries, les poncifs déguisées en philosophie, les lubies et les coquetteries… sont exposés et tournés en ridicule.
Dans « Death of a Ladies’ Man » comme sur l’ensemble de l’album éponyme, les arrangements très contestés de Phil Spector, producteur sulfureux, pourraient détourner l’auditeur du texte, tout à fait caractéristique de l’état d’esprit et de l’art de Léonard Cohen. Cependant, pour incongrus qu’ils puissent paraître, ces arrangements ne camouflent pas, et peut-être même mettent en exergue, toutes les nuances, les apparentes contradictions, les permutations de rôle et les changements de perspective ou de personne qui font la véritable signature poétique de Léonard Cohen, et font de cette chanson l’une des plus représentatives.
Bien sûr, cette chanson comme toutes celles du Léonard Cohen, peut être interprétée de différentes façons, à divers niveaux, et, par exemple, comme une simple autodérision. Cependant, la dernière phrase en est peut-être la clef : ce n’est que lorsque les masques sont tombés, lorsque l’armure ou le déguisement derrière lesquels chacun se protège ont été retirés, lorsque les mots ont cessé de cacher la pensée, lorsque toutes les conventions, les archétypes, les rôles assignés… sont enfin abolis que l’amour véritable devient possible.
ALN


Mort d’un Homme à Femmes

L’homme qu’elle voulut toute sa vie, à un fil était pendu
« A quel point je te voulais », dit-elle, « je n’ai jamais su. »
On pouvait compter ses muscles, son style était désuet
« J’arrive trop tard », dit-elle, en tombant à ses pieds

« En des années d’hommes, je n’ verrai de visage comme le tien
Pour la lutte ou l’amour, je n’ verrai de bras comme les tiens »
Et, toutes ses vertus brûlant en holocauste fumant
Elle prit en elle-même tout ce qu’avait perdu son amant

Désormais maître du paysage, en vue il se tenait
Avec un moineau de St-François auquel il prêchait
Hélant la sentinelle de sa religieuse attitude
Elle dit « Viens entre mes cuisses ; je t’enseignerai la solitude »

Il lui offrit une orgie dans une chambre aux cent miroirs
Il lui promit protection à ce qu’elle pourrait concevoir
Sur une cuillère acérée elle frotta son corps fortement
Du passage à la lune elle stoppa les rituels sanglants

Elle prit sont admirée mentalité orientale
Et l’alibi « cœur-des-ténèbres » masquant son côté vénal
Elle prit sa Madone blonde et son vin de monastère
« Cet espace mental est pris et j’en suis propriétaire »

Il tenta encore de faire front près de la voie ferrée
Elle dit « L’art du désir a vécu et ne reviendra jamais »
Prit son sénat de bistrot, sa danse du coq, sa casquette
Railla sa moustache d’ouvrier et ses allures coquettes

La dernière fois que je l’ai vu, malgré tous ses efforts
D’éducation de femme, il n’était pas une femme encore
La dernière fois que je l’ai vue, elle vivait avec un gars
Qui donne à son âme une chambre vide, à son corps la joie

La romance est donc finie, mais quiconque aurait pu deviner
Qu’elle nous laisserait un tel vide et pas du tout impressionnés
Comme notre visite à la lune, ou à l’étoile du coin
Je crois qu’on y va pour rien si on veut vraiment aller si loin

(Traduction – Adaptation : Polyphrène)
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