The Captain

Now the Captain called me to his bed
He fumbled for my hand
"Take these silver bars," he said
"I'm giving you command."
"Command of what, there's no one here
There's only you and me 
All the rest are dead or in retreat
Or with the enemy."







Grande est ma honte de présenter ma traduction de cette chanson de Léonard Cohen, alors que je découvre, au moment d'indiquer le lien vers le texte anglais, l'adaptation qu'en a faite Graeme Allwright. Je ne peux en aucune façon prétendre rivaliser avec sa créativité artistique et son sens poétique. Néanmoins, ce qui est fait est fait, et ma traduction, faute d'avoir la force et l'âme de cette de Graeme Allwright, se veut aussi littérale que possible (ce qui est beaucoup dire quand il s'agit d'un texte de Léonard Cohen, tant il est difficile de restituer tout ce que l'auteur a pu vouloir exprimer dans le choix des mots).
Il s'agit ici d'un texte sombre et désabusé, où la métaphore guerrière met en exergue l'absurdité des combats que mènent les hommes entre eux quand ils devraient unir leurs forces pour affronter ce que la nature leur oppose, leur offre, ou leur prend.




Le Capitaine

Le cap’taine m’appelle à son chevet,
Tend la main faiblement,
 « Prends ces galons, dit-il, j’ vais
Te céder l’ command’ment. »
« Command’ment d’ quoi ? Il n’y a ici
Que vous et moi ; ceux qui
Ne sont pas morts ou se sont enfuis
Sont avec l’ennemi ! »

« Te plaindre, c’est ton obsession,
Depuis notre défaite.
Si c’ n’est pas la crucifixion,
Alors c’est l’holocauste ! »
« Que Dieu vous pardonne d’oser
Pour rire, blasphémer
Parmi ces cœurs carbonisés,
Ces chairs qui partent en fumée »

« Je sais que tu as souffert, mon gars,
Pourtant, je dois te dire :
Tout c’ qui fait pleurer un soldat,
Un tueur, ça l’ fait rire. »
« Capitaine, je dois m’en aller ;
Il y a du sang sur vos mains.
Connaissez-vous, pour m’installer,
Mon capitaine, un bon coin ? »

« Il n’ peut pas y avoir de bon coin
Au cœur d’une tuerie,
Mais si une femme prend ta main,
Va, et sois son mari. »
« Je laisse une femme au Tennessee,
Une poupée à Saïgon.
Mais je n’ai pas risqué ma vie
Pour entendre cette chanson »

« Si tu n’ peux élever ton amour
Beaucoup plus haut que toi, 
Tu es l’homme que je cherche depuis toujours ;
Viens combattre avec moi. »
« Vous n’êtes plus un combattant ;
Vous n’ me recruterez pas.
Je n’ sais pas même dans quel camp
Ni pourquoi on combat ! »

« Je suis du côté du perdant,
Contre le côté du Ciel,
Du côté des yeux-de-serpent*
Lancés contre le naturel ;
Et, les Droits de l’Homme, je les ai lus :
Il y a du vrai, mais
Il n’y avait rien à faire de plus,
Donc, à toi je m’en remets. »

Pour le capitaine, c’était la fin
Mais il n’était pas troublé.
Les galons étaient dans ma main,
Je m’ les suis épinglés.
 



(Traduction - Adaptation : Polyphrène)


* Les termes "yeux-de-serpent", "ciel", "naturel" se réfèrent aux différentes combinaisons de dés que l'on peut obtenir en jouant au "Craps". Je ne connais personnellement rien aux jeux, mais c'est l'occasion de m'instruire... Merci qui ? Merci Wiki  !

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