Undertow

I set out one night
When the tide was low
There were signs in the sky
But I did not know
I’d be caught in the grip
Of the undertow
[…]




Sur les longues plages des Landes, la mer s’approche au pied des dunes, puis s’enfuit au loin, découvrant d’immenses étendues de sable semées de larges bassin, ou baïnes, qui tentent de retenir l’eau, et parcourues de longues stries par lesquelles elle s’enfuit. Lorsque la marée monte ou descend, l’ouverture des baïnes vers la pleine mer est le siège de courants violents qui peuvent entraîner les baigneurs au loin. Il est alors recommandé de ne pas lutter contre le courant, mais de se laisser emporter tout en tentant d’attirer l’attention d’éventuels sauveteurs.
Léonard Cohen évoque ce courant irrésistible de la vie qui nous entraîne au loin, puis nous rejette en un lieu délaissé, où la mer elle-même « déteste aller ». Le froid de la solitude nous envahit alors, et notre cœur vide attend l’aumône d’un sentiment.
Récemment, à Marseille (cf. « Le Canard Enchaîné » du mercredi 22 septembre 2010, page 5 : « Où est ma femme gitane ? »), raconte que le public s’est enflammé lorsque Léonard Cohen, devant plus de 4000 personnes, a entonné sa chanson « Where is my Gypsy Wife tonight », et qu’une « ovation est montée de la foule » à chacune des trois fois où Léonard Cohen a prononcé le mot « Gypsy ». Une immense clameur s’est fait entendre lors qu’il a chanté les derniers mots « But you who come between them will be judged ». Cette réaction spontanée à l’ignoble « Chasse aux Roms » qui fait actuellement la honte de la France est frappante et rassurante. Elle apporte aussi un éclairage nouveau sur les mots qu’utilise Léonard Cohen pour les derniers vers de « Undertow », lorsqu’il évoque son cœur en forme de sébile de mendiant (« my heart the shape of a begging bowl »). On voit alors apparaître l’image familière de ces femmes Roms, accroupies sous le proche d’un édifice public, un enfant dans les bras (« With a child in my arms ») et une sébile posée à terre, attendant humblement l’aumône d’un passant. 
Ce n’est pas, sans doute, ce qu’avait en tête Léonard Cohen en écrivant cette chanson, mais l’événement rapporté par le Canard Enchaîné montre que la force évocatrice de ses chansons peut en faire des armes politiques. Le Canard Enchaîné cite, du reste, en exemple, « Le Partisan » dont l’interprétation de Léonard Cohen a manifestement bouleversé la salle. 
Le public de Léonard Cohen est décidément bien sympathique !


Courant de Marée

Sortant un soir, quand
La mer s’ retirait
Des signes au ciel montraient,
Mais je les ignorais,
Qu’au loin m’emporterait
Un courant d’ marée

Échoué sur une plage
Que la mer met au ban
Dans mon âme un grand froid
Dans mes bras un enfant
Et mon cœur vide comme
Sébile de mendiant

(Traduction - Adaptation : Polyphrène)
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